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TIROIRS
(Paul-Robert THOMAS - Thierry BRAYER)



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“Quatre ans”, c’est cet enfant qui croyait en Noël
Et qui battait du cœur pour un simple arc-en-ciel
Il faisait de ses cubes des châteaux pour maman
Pour ses soldats de plomb, il était commandant.
Et rêvant de princesse, il se baptisait roi .
Il attendait sa vie sur son cheval de bois !

Pourquoi faut-il toujours que nos rêves d’enfant
Que nos livres d’images, que nos soldats de plomb,
Que nos chevaux de bois, avec tous les espoirs
Que l’on nous a volés.. terminent dans un tiroir
Que l’on n’ouvrira plus ?

“Vingt ans”, c’est cette fille qui veut croire que l’amour
Est fait pour vivre à deux les plus longs de nos jours.
Elle bouscule nos cœurs en gueulant ses chansons ;
Elle dessine un “je t’aime” comm’une simple Suzon
Et rêve de partir, sa guitare sous le bras...
Partir en aventure par delà la Volga.

Pourquoi faut-il toujours que toutes les chansons
Maquillées d’un poème et de tendre illusion
De partir loin d’ici, pleins de ciels d’espoirs
Que l’on veut dessiner, s’entassent dans un tiroir
Que l’on n’ouvrira plus ?


“Cent ans”, c’est cette dame qui s’envole déjà
Déposant sous nos pas nos corps de vieillards
Qui parlent du bon temps, en fumant leur bouffarde...
À l’ombre de nos murs, ridés par nos lézardes
L’amour n’est plus pour nous qu’une tendre habitude.
Comment croire en l’amour, sachant la Certitude ?

Pourquoi faut-il toujours que le moindre des corps,
Alourdi par la vie qui s’effeuille chaque soir,
Épuisé par le temps, abusé par la mort,
Ne soit plus qu’un cadavre, cloué dans ce tiroir
Que l’on n’ouvrira plus ?

Pourquoi
?


Brel ou le syndrome de vivre




Dr Paul-Robert Thomas
07/07/03


Il est des gens qui vivent petitement ; à cloche cœur, dans le troupeau. N’est-ce cela que vivre ?
La vie est à soi-même. C’est-à-dire face à soi. Fesses à soi !
Pour Brel, il n’a jamais été façon de suivre le troupeau. Jamais ; et, quitte à en périr ! Que vaut donc sa petite faiblesse, devant l’autre qui se trompe et puis sombre. Il faut des cris d’espoirs chahutant le morose, l’insipide et le vide.
Oui, Brel a crié cela. Il a levé des cœurs, leur offrant des couleurs. Partir n’est pas partir ; même pas arriver. C’est encore voyager ; vers soi, vers l’autre. Et tenter de comprendre la maladie de vivre : syndrome universel. La beauté, c’est cela : pleurer du mal des autres.
« J’ai mal aux autres ». Confluence des drames, et généreux partage.


Nous avons alors devant nous un Brel nu. : un vaincu, convaincu ; bien au-delà, de sa pudeur fardeau – comme des valises. Le fragile a son cri qui attend qu’on entende, à défaut d’être un tant soit peu compris.

La vie est maladie. Du berceau au tombeau, sachons la reconnaître ! Alors il faut des fleurs ; il faut des arcs-en-ciel et mille heures par jour, comme dix mille par nuit d’amour.
Il faut savoir pleurer d’un mot qu’on ose dire ; et puis surtout chanter les hymnes qu’on invente. Prolonger son futur. La douleur est vivance.


Brel eut toujours ce courage, qui va de lui aux autres, du nuage à la pluie, de la peau au frisson.

Le facile est la faute. On met son pied dans les traces de l’autre. Et l’on vieillit sans vivre.

Saluons ce cœur fier qui portât sa poitrine et son chant plein de croire. Espérer dans la désespérance.

La vie fut son combat, qu’il voulait que l’on gagne en se forçant de croire.

Une chanson de lui, et la vie vient en nous.